Hommes tout nus, ou plus exactement Deux hommes tout nus, est une comédie écrite et jouée par Sébastien Thiéry, créée au Théâtre de la Madeleine à Paris. Deux hommes se réveillent nus dans le même salon, sans souvenir de la nuit précédente. Thiéry réoriente la mécanique du vaudeville vers une question plus profonde : que se passe-t-il quand on ne peut pas rétablir une vérité qui vous échappe ?
Le synopsis d’Alain Kramer : un homme acculé par l’inexplicable
Alain Kramer est avocat, mari fidèle, homme sérieux. Il se réveille nu dans son propre salon en compagnie d’un collègue de bureau, dans le même état. Aucun des deux ne sait ce qui s’est passé. Quand la femme de Kramer entre en scène, la situation bascule dans la comédie pure : son mari invente, bricole, improvise des explications de plus en plus improbables pour préserver son couple.
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Thiéry emprunte la structure du vaudeville classique (le mari surpris, la cachette, le mensonge en cascade), mais retourne le ressort habituel. Ici, il n’y a pas de maîtresse à dissimuler, il y a une absence totale de réponse. Le personnage ment non pas pour cacher une vérité gênante, mais parce qu’il n’en a aucune. C’est cette inversion qui fait tenir la pièce sur deux heures.
La distribution originale réunit François Berléand dans le rôle de Kramer, Isabelle Gélinas en épouse, Sébastien Thiéry lui-même et Elise Diamant. La mise en scène est signée Ladislas Chollat, avec Eric Supply.
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La captation télévisée et la diffusion sur France 2
La production parisienne a fait l’objet d’une captation au Théâtre de la Madeleine, réalisée le 20 janvier 2015. France 2 l’a diffusée le 2 mai 2020, dans le cadre de sa programmation de spectacles pendant le confinement. Cette diffusion a rendu la pièce accessible à un public bien plus large que les seuls spectateurs parisiens.
Un incident reste attaché à cette période d’affiche : selon un article du Figaro, François Berléand a perdu la voix lors d’une représentation de la pièce au Théâtre de la Madeleine en 2014. Ce type d’incident, dans une comédie portée à bout de bras par son acteur principal, révèle à quel point le texte de Thiéry repose sur un rythme oral précis – le moindre écart dans l’élocution fragilise toute la mécanique.

Les thèmes de la pièce : vaudeville, inconscient et vérité introuvable
Thiéry l’explique lui-même dans sa note d’intention : en assistant à un vaudeville classique, il s’est demandé ce qui se passerait si la maîtresse dissimulée dans le placard était un homme. Puis il a poussé plus loin : et si cet homme, Kramer lui-même, ne savait absolument pas pourquoi il était là ?
La pièce joue sur plusieurs niveaux à la fois.
- Le registre comique de surface : les quiproquos s’enchaînent, les justifications absurdes s’accumulent, le personnage principal s’enfonce à mesure qu’il parle.
- La dimension psychologique : la question de l’inconscient traverse toute la pièce. Ce que Kramer a peut-être refoulé finit par remonter, non pas comme aveu, mais comme chaos narratif incontrôlable.
- La mécanique de la vérité : dans un vaudeville traditionnel, la vérité existe, elle est simplement cachée. Dans la pièce de Thiéry, la vérité elle-même est absente. Pour le personnage comme pour le spectateur, c’est autrement plus déstabilisant.
C’est ce qui distingue l’écriture de Thiéry d’une simple comédie de situation : le rire naît moins de l’embarras que de l’impuissance totale à expliquer.
Comment des troupes locales s’approprient la pièce de Thiéry
La diffusion d’une pièce comme Deux hommes tout nus ne se limite pas à sa production d’origine. En juin 2025, la troupe de Fabienne Nicolini en a présenté une adaptation au théâtre Sant’Angelo, à Bastia. Cet exemple illustre comment un texte conçu pour une scène parisienne avec des acteurs connus se transmet à des compagnies régionales ou locales qui le remontent avec leurs propres moyens.
L’enjeu pour ces troupes est réel. La pièce fonctionne sur un équilibre fragile entre le texte et le jeu physique : la nudité suggérée (les deux acteurs portent généralement des sous-vêtements couleur chair), le tempo des répliques, la crédibilité du personnage de Kramer. Une adaptation locale réussie exige de tenir ce rythme sans la notoriété de Berléand pour faire le travail à la place du texte.
Ce qui change concrètement quand une troupe amateur ou régionale monte cette pièce :
- Le rapport au corps sur scène doit être travaillé différemment. Sans la présence d’un acteur aussi identifié que Berléand, le costume de scène et le jeu gestuel portent une charge symbolique que le nom ne prend plus en charge.
- Le texte de Thiéry est précis et rythmé : les coupes ou ajustements locaux risquent de casser les effets comiques si le comédien ne maîtrise pas les silences autant que les répliques.
- La réception du public local peut varier selon que la nudité scénique est perçue comme un geste transgressif ou comme un simple artifice dramatique.
La question de savoir si une troupe locale peut égaler l’effet produit par la version d’origine dépend moins du budget que de la maîtrise du texte. Thiéry a écrit une comédie qui tient debout à la lecture : c’est ce qui la rend jouable ailleurs que rue de la Madeleine.
Sébastien Thiéry auteur et acteur : une signature reconnaissable
Thiéry n’est pas uniquement l’auteur de la pièce : il en est aussi l’un des interprètes dans la distribution originale. Cette double position d’auteur-acteur est caractéristique de son travail : il écrit des rôles qu’il comprend de l’intérieur, ce qui donne à ses dialogues une précision d’exécution qu’on ne trouve pas dans un texte écrit à distance du plateau.
Sa conception du vaudeville repose sur un principe simple : le mensonge ne fonctionne comiquement que s’il est cru par celui qui le profère. Kramer n’a rien à dissimuler : il improvise dans la panique, ce qui le rend à la fois ridicule et attachant. C’est cette nuance qui sépare Deux hommes tout nus d’une farce ordinaire.
La pièce a été publiée dans la collection de L’Avant-scène théâtre, ce qui confirme sa circulation dans les répertoires de troupes amateurs cherchant un texte à la fois accessible et techniquement exigeant. La comédie de Thiéry s’est donc diffusée bien au-delà de sa première vie parisienne, sur des scènes de tailles très différentes, avec des distributions qui n’ont plus rien à voir avec la production d’origine.

